Monday, October 3, 2011

Une introduction...

Comment peut-on démarquer ce qui est scientifique de ce qui n'en est qu'une prétention? Peut-on vraiment expliciter une limite entre science et pseudoscience, ou encore entre science et métaphysique? La question me fascine, et comme pour beaucoup de questions philosophiques, la réponse se veut plus difficile à formuler qu'il n'en paraît.

Parmi les penseurs qui ont tenté une réponse, Thomas Kuhn, un historien des sciences américain, nous propose une explication des plus limpide. Pour lui, la science se définirais comme l'ensemble des paradigmes (soit des vérités provisoires) acceptés par la communauté scientifique et qui évoluent au rythme des révolutions scientifiques. Dans son essai "The Structure of Scientific Revolutions", il mentionne en conclusion: "To a very great extent the term 'science' is reserved for fields that do progress in obvious ways. Nowhere does this show more clearly than in the recurrent debates about whether one or another of the contemporary social sciences is really a science." Autrement dit, même les scientifiques ne s'entendent pas entre eux sur ce qu'on peut justement appeler science. Limpide, je disais...

Avant Kuhn, Karl Popper -pardon, SIR Karl Popper-, philosophe des sciences, a réussi à tracer une ligne de démarcation plus incisive. Contrairement à de nombreux penseurs de son époque, qui définissaient la science par sa méthode et sa capacité à cumuler les observations (selon le principe de l'induction), Popper nous explique qu'il ne suffit pas de démontrer qu'une théorie est vérifiée, ou vraie, suite à des observations accumulées, pour qu'elle soit à juste titre scientifique. Par exemple, on ne peut soutenir que parce que le soleil se lève à chaque matin, il va nécessairement se comporter ainsi à tout jamais. Popper maintient plutôt que c'est la capacité à une théorie d'être falsifiable par l'expérience (falsification empirique) qui fait de cette théorie une science. Popper définit donc la science comme l'ensemble des théories falsifiables que personne n'est encore parvenu à falsifier. Dans ses propres mots: "But I shall certainly admit a system as empirical or scientific only if it is capable of being tested by experience. These considerations suggest that not the verifiability but the falsifiability of a system is to be taken as a criterion of demarcation. In other words: I shall not require of a scientific system that it shall be capable of being singled out, once and for all, in a positive sense; but I shall require that its logical form shall be such that it can be singled out, by means of empirical tests, in a negative sense: it must be possible for an empirical scientific system to be refuted by experience." D'ailleurs, pour en revenir au levé du soleil, il suffit de se rendre dans les régions polaires pour constater qu'effectivement, le soleil ne se lève pas à chaque matin. Falsifiable et falsifié!

Malgré tout son côté incisif, la réponse de Popper demeure incomplète. Aussi belle et séduisante soit-elle, on peut lui trouver des exceptions. Par exemple, la théorie soutenant l'existence des trous noirs est largement acceptée comme faisant partie des théories scientifiques. Pourtant, je ne connais personne qui soit parvenu à vérifier ou réfuter leur existence via l'expérience, et je ne le souhaite à personne d'ailleurs!

La liste des penseurs qui se sont attaqués à la question de la démarcation est longue. Je pense ici à Kant, qui a cherché à justifier les prétentions et les limites de notre raison, et donc à délimiter ce qui est science de ce qui est métaphysique. Ou encore à Hume, qui s'est aussi attaqué à l'induction et à la causalité. Même Aristote a discuté de la question (mais y en a-t-il une qu'il n'ait pas abordée?).

Bref, malgré le fait que tant de grands penseurs se soient attaqués à la question, il n'y a toujours pas de réponse définitive à celle-ci.  Le flou qui en découle pose problème. En effet, alors que la science profite d'une relativement bonne crédibilité dans l'esprit de la population, certains profitent de l'ambigüité de la démarcation pour faire porter le chapeau de la science à des choses qui n'en sont pas. Le seul rempart contre ces imposteurs? Comme toujours, le bon jugement critique s'impose. D'ailleurs, saviez-vous que 69% de la population ne sais pas faire la différence entre ce qui est scientifique et ce qui ne l'est pas, et 81% des statistiques citées sur les blogues sont fausses?

Ce blogue n'a aucunement la prétention d'apporter une réponse définitive à la question pour autant. Plutôt que de naviguer dans les universels, je souhaite plutôt m'attarder au particulier. À travers les exemples que je vous soumettrai, je souhaite illustrer à quel point il peut s'avérer ardu de distinguer science, non-science, pseudoscience, métaphysique, religion et philosophie. Bonne lecture!

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