Monday, November 28, 2011

Mediums et voyants

Les petites annonces classées des journaux regorgent de réclames de toutes sortes provenant de personnages se prétendant medium ou voyant. À mon grand plaisir, j'ai découvert à la lecture de ces sections qu'on devrait classer la plupart de ces annonces sous la rubrique "divertissement" tant leurs affirmations sont loufoques. Alors qu'un réclame qu'il peut "annuler un divorce", cet autre soutient qu'il peut "guérir toutes les maladies inconnues",  un autre encore vous propose du "succès dans l'affaire" (sic!), celui là "prédit le futur et le présent", et il s'en trouve même un pour vous aider à obtenir votre permis de conduire (il doit certainement travailler à la SAAQ de l'au-delà). Dans la même annonce, un autre de ces hurluberlus propose son aide pour l'impuissance sexuelle, pour ensuite rajouter: "Résultat permanent et efficace". On espère qu'il ne parlait pas d'érection! Personnellement, j'éprouve une grande affection pour le Professeur Balamine, au titre autoproclamé de "Célébré medium de grande classe". Ouf!...

Malgré leur aspect cocasse, il faut bien faire le constat que si des gens se donnent la peine de payer pour placer ces annonces dans les journaux, c'est qu'ils en tirent un certain profit, ou du moins, qu'ils espèrent le faire. Même si on peut raisonnablement présumer que la plupart de ces annonces sont placées par des arnaqueurs ou des charlatans de tout acabit, ceux qui répondent à leurs annonces et paient pour leurs services le font de façon consentante. Personne ne les oblige à appeler. Ils sont donc les seuls à blâmer s'ils se font (dérober leur) avoir. Mais qui sont donc ceux qui appellent ou répondent à ces annonces? Et qu'est-ce qui les motive à le faire?

On peut trouver réponse à ces questions simplement en lisant et en analysant le contenu des annonces. Dans un pur élan cartésien, j'ai donc:
1) Compilé les annonces de la section "Ésotérisme" des journaux gratuits du métro sur un espace de plusieurs jours.
2) Numérisé et assemblé ces annonces dans un grand fichier image que voici:
3) Utilisé un logiciel de reconnaissance optique des caractères pour en extraire les mots (notez que les chiffres et les noms propres ont été retirés à ce stade).
4) Employé le moteur se trouvant sur le site web http://www.wordle.net pour générer un nuage de mots-clés à partir des mots obtenus. Ce nuage représente les 100 mots-clés qui sont les plus fréquents dans les annonces. Plus un mot apparaît fréquemment, plus son espace occupé dans le nuage est grand.
Visiblement, ceux qui contactent les mediums et voyants ont des "problèmes" (au pluriel, merci!). De façon étonnante, le désenvoûtement (la pratique vaudou qui consiste à enlever un mauvais sort) est un mot-clé essentiel. Il se retrouve d'ailleurs systématiquement dans presque toutes les annonces. Le retour de l'être aimé est aussi un thème récurant, tout comme la protection, la chance, l'amour et l'impuissance sexuelle. Les mots "résout" et "garanti" occupent aussi une place prépondérante dans le champ lexical ésotérique. Je vous laisse tirer vos propres conclusions de cet exercice.

Aussi, ce nuage de mot nous offre la possibilité d'un exercice intéressant. Je vous invite à composer, à l'aide de ces 100 mots-clés, et en vous inspirant des nombreuses annonces qui paraissent dans le montage, à créer votre propre annonce. Vous verrez, l'exercice est plus facile qu'il n'en parait. N'hésitez pas à partager vos créations en commentaire. Je vous en soumettrai une sous peu.

Tuesday, November 22, 2011

La prudence sans prétention

Dans mes cours de biologie, on m'a toujours enseigné que la digestion détruit les molécules organiques provenant de la nourriture en composés plus simples. C'est les cas pour les sucres, pour les graisses, pour les protéines, et aussi pour le contenu génétique (l'ADN, par exemple). Nous détruisons le bagage génétique des cellules que nous ingérons pour les réduire en molécules plus simples que nous employons ensuite pour construire nos propres gènes. Voici d'ailleurs un schéma tiré de mon livre d'anatomie et physiologie humaine qui illustre ce procédé (Ah! les bons souvenirs du CÉGEP...).


Ce processus a une heureuse conséquence: celle de détruire les gènes des organismes que nous ingérons pour ne pas que ceux-ci agissent sur nous. Déjà qu'il nous faut composer avec nos quelques 23 000 gènes, imaginez les conséquences si nous devions subir l'effet de gènes qui appartiennent à des espèces dont le fonctionnement génétique diverge grandement du nôtre. Si la sagesse des amérindiens nous enseigne qu'il est possible d'acquérir les traits d'un être vivant en mangeant sa chair, la science, elle, stipule qu'il en est tout autrement.

Vous comprendrez donc ma surprise lorsque j'ai appris récemment que des chercheurs avaient détecté des intrus végétaux dans le sang humain. Dans un long article publié dans la revue Cell Research, on apprends que des microARN de plantes circulent librement dans nos veines. Comme leur nom l'indique, les microARN sont de très petits (micro) nucléotides. Alors que l'ADN contient le code génétique qui assure les diverses fonctions dans la cellule, les microARN vont plutôt modifier l'expression et la fonction des gènes codés par l'ADN. En d'autre mots, ces petits bouts de code, longs en moyenne d'une vingtaine de nucléotides, s'accolent à leur gène-cible, comme une clé dans une serrure, et influencent ainsi la force de l'expression du gène, souvent en la diminuant. Il faut comprendre qu'un gène ne peut exercer sa fonction que s'il est exprimé en quantité suffisante. Malgré leur petite taille, on assumait que la digestion réservait aux microARN le même sort que l'ADN, et qu'ils ne passaient donc pas à travers la paroi de l'intestin pour se retrouver dans le sang.

De là mon étonnement: alors qu'on présumait que le contenu génétique de notre nourriture ne pouvait pas avoir d'autre fonction que de construire nos propres gènes, on constate la présence de nucléotides fonctionnels de plante dans notre sang et nos tissus. Une autre présomption scientifique qui rejoint tragiquement le rang des prétentions. Les chercheurs ont même été jusqu'à démontrer que ces microARN exerçaient une action sur nos gènes. En effet, un des microARN de riz détecté dans notre sang agirait directement sur le gène LDLRAP1 (low-density lipoprotein receptor adapter protein 1) en réduisant son efficacité. Outre avoir un nom à coucher dehors, ce gène remplit une fonction importante: celle de diminuer le volume de LDL (aussi connu sous le nom de "mauvais cholestérol"). Avec en tout 40 microARN de plante découverts dans le sang, les auteurs de l'article viennent d'établir pour la première fois que des gènes de plantes peuvent avoir une influence directe sur notre propre génétique.

Cette découverte pour le moins surprenante a de nombreuses répercussions. Évidemment, elle ouvre la voie vers de nouvelles thérapies employant des microARN pour cibler des gènes impliqués dans les maladies, ce que les auteurs ne manquent pas de souligner dans l'article. Mais l'idée que les plantes puissent influencer ainsi nos gènes apporte un tout nouveau regard dans le débat sur les organismes génétiquement modifiés (OGMs). Une bonne partie de la communauté scientifique a toujours exprimé son scepticisme à l'idée que les modifications génétiques effectuées sur les plantes puissent avoir une incidence sur notre santé. Aucun mécanisme crédible pouvant expliquer un tel effet ne pouvais être conçu puisqu'on assumait que la digestion se chargeait de détruire le contenu génétique (modifié ou non) des plantes. Voilà donc une découverte qui change la donne. La présence de microARN de plantes dans le sang humain va certainement faire soulever quelques sourcils parmi la communauté scientifique qui s'intéresse à la question. Il faut faire attention: je ne suis pas en train de cautionner l'idée que les OGMs vont nécessairement nuire à notre santé si on modifie leur équilibre génétique. Je dis seulement que ce nouvel aspect devra dorénavant être sérieusement considéré lorsque nous étudierons l'impact des OGMs sur notre santé. Plus que tout, cette constatation devrait nous appeler à d'autant plus de prudence. Qui sait quelle autre prétention nous a jusqu'ici échappée? Qui sait quelles conséquences peuvent découler de notre ignorance à cet égard?